Dimension cruciale de notre condition contemporaine, l’image est le théâtre de plusieurs angoisses liées à une certaine instabilité dans la représentation visuelle, laquelle a, dans bien des contextes, tendance à déborder de son sens intentionnel et à se présenter au regard d’une façon qui est loin d’être unidimensionnelle. Elle est divisée entre sa prétention à livrer une réalité unique, stable et accessible et son affirmation de la pluralité des « réels » et de vérités en coexistence. L’image, mais aussi le concept, la métaphore ou la figure de cette image, excèdent nettement le domaine du visuel. Elle exprime et rend problématiques différents régimes de signification et modalités d’articulation du sens, lesquels sont non seulement liés au fait de voir ou de regarder, mais aussi de lire. La prolifération du visuel sur le terrain du textuel ne peut être uniquement réduite aux « vérités proposées » par l’image, lesquelles l’opposent au texte en tant que médium « adéquat » pour le concept. À travers l’instabilité de sa signification visuelle et son opposition au régime conceptuel, l’image se constitue ici comme un espace d’altérité, à la fois dans les domaines du visuel et du textuel. En soi, dans sa médiation plurielle, elle pose une exigence et invite les spectateurs à entrer en relation, ce qui va au-delà de l’effort interprétatif nécessaire à l’établissement d’une signification claire et adéquate. Pouvons-nous penser cette exigence ?

Sofia1 1 - Sofia de Michel de Broin a été exposée la première fois durant l’exposition Radical: Vaguely(commissaire Rossitza Daskalova, National Art Gallery, Sofia, Bulgarie, 2003). Une exposition produite par Expression et Plein sud en collaboration avec la Société des arts technologiques (SAT). Elle fait partie de la Collection du Musée National des beaux-arts du Québec. représente un aspect important du travail de Michel de Broin. Dans la plupart des cas ses œuvres interviennent dans des espaces concrets, dont elles « lisent » le contexte contre lui-même dans le but de déclencher une tension intérieure au sein de ce qui est déjà perçu comme une signification stable. Sofia joue à la fois avec le nom de la ville où elle a été conçue et avec le mot grec (duquel procède aussi le nom de la ville), Sophia : « sagesse », « savoir ». Ce nom se résout dans l’image d’un livre ancien avec des pages blanches percées au milieu d’un trou infime, ambigu. 

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Cet article parait également dans le numéro 53 - Utopie et dystopie
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