Nous vivons l’ère de l’obscène, du dérivé à l’infini, de la montée aux extrêmes, de la production sans destination. L’ère de la multiplication virale et de la germination folle. L’ère non seulement de la perte du sens mais de l’impossibilité, apparemment définitive, de toute refondation signifiante. L’art, bien sûr, n’en est pas exempté, lui qui, du moins dans certains des discours simplets dont il s’accompagne parfois, se complaît dans un nomadisme confortable, un métissage qui n’engage à rien, ou un type d’interactivité rudimentaire telle que peut en produire une simple intervention mécanique du spectateur ou de l’auditeur. Autant de courbettes, souvent inconscientes, à la mondialisation néolibérale et au marché triomphant dont ce sont là quelques-uns des slogans les plus efficaces. Autant de vertus de convenance qui épousent, prétendument pour s’en distraire, les qualités du cancer qui nous ronge. Piètre politique du vaccin et de l’immunité élective.
Mais, timides encore par leur nombre, des résistances s’organisent, un frein se met aux délires mondialistes naïfs, une distance critique tente de donner un sens moins banal à la pluralité parfois proche de la confusion dans laquelle le sujet contemporain, pour le meilleur et pour le pire, aime à se reconnaître. Parmi les diverses pratiques qui, ça et là, semblent prendre leurs distances d’une certaine euphorie performative médiatico-esthétique, l’entreprise, patiente et exigeante à la fois, d’Anne Penders est une des plus rigoureuses. Et des plus séduisantes. Parce que, sans agressivité inutile, elle lance au spectateur un véritable défi, celui de recombiner les images offertes pour les rejouer en un autre récit, individuel et même « mineur », par opposition à ces grands récits dont la fin, vaticinée par Lyotard, sert désormais d’excuse à toute démission postmoderne.
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