Monuments sonores : stratégies mémorielles, résistance et rupture dans Virutorium

Andrew Hennlich
Robert Saucier & KIT Collaboration
Robert Saucier & KIT Collaboration Virutorium, Neutral Ground Gallery, Regina, 2007-2008.
Photo : permission des artistes
Virutorium, une nouvelle installation de KIT Collaboration et de Robert Saucier, fait appel au sonore plutôt qu’au photographique pour invoquer la relation que le visiteur entretient à la représentation de la létalité dans l’art. Se jouant de la terreur que les virus informatiques font régner dans les entreprises et de la hantise des infections pandémiques dans la ­population, l’œuvre paraît révéler des chevauchements – entre la vie et la mort, la virtualité et la réalité, le mondial et le local. Le ­recoupement sémantique de ces termes est au cœur même de Virutorium, inégal et conflictuel, souvent source de confusion. L’installation robotique interactive présentée au Neutral Ground Contemporary Art Forum, à Regina, en Saskatchewan, invite le visiteur à rendre hommage à douze virus désormais privés de leur nuisibilité et, de ce fait, de leur vitalité. En s’approchant du couvercle de chaque urne cinéraire, le visiteur voit des claviers reconstruits disposés de façon à épeler des titres de pourriel comme wanna brawl (veux-tu te bagarrer), évocation des formulations accrocheuses qui ­s’efforcent d’inciter le destinataire à ouvrir une pièce jointe contaminée. Le visiteur peut activer une séquence de touches qui déclenchera une oraison funèbre imprégnée d’humour grinçant en ­l’honneur du regretté virus. Composé tant du point de vue de ­l’évangéliste que de celui du technicien TI, ­l’hommage appelle au deuil. 

Les virus informatiques deviennent ainsi objets de curiosité, à l’instar des virus biologiques conservés dans les centres de lutte contre la maladie, bel et bien hors d’état de nuire, entreposés dans des dépôts. Misant sur la cocasserie, l’humour de Virutorium est redoutablement efficace. Comment ne pas être fasciné par le souvenir de ces pourriels supprimés sitôt reçus, par la puérile pulsion destructrice qui préside à la création des virus et par l’hystérie provoquée par le spectre de la contamination ? La mort, telle que représentée dans Virutorium, change la façon de penser le virus, de percevoir son irruption dans la mémoire et son évacuation. 

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Cet article parait également dans le numéro 68 - Sabotage
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