Photo : Guy L’Heureux
Depuis longtemps, Adrienne Spier est fascinée par l’aplatissement de meubles d’occasion, qu’elle prive de leur capacité à se tenir debout. Elle amorce souvent ses projets en longeant les trottoirs, en parcourant les petites annonces et en fouillant dans les installations de gestion de déchets pour récupérer bureaux, chaises et commodes superflus ou démodés, mais souvent encore parfaitement fonctionnels. Elle démantèle, coupe et reconfigure tous ces objets pour transformer leur volume en surface.
Dans Waiting Rooms and Offices (Galerie Dare‑Dare, Montréal, 2003), Spier évoque avec élégance un local à bureaux au moyen de deux bureaux seulement, nivelés sur le plancher pour former un H – le devant, le derrière et les côtés écartés vers l’extérieur comme si on les avait placés dos à dos avant de les aplatir. Autrefois volumétriques et fonctionnels, les bureaux aplatis deviennent une sorte de patron, comme pour représenter rétroactivement le modèle de leur propre construction. Dégonflés, pour ainsi dire, et dépourvus de leur ancienne valeur d’usage, ils se fondent aux lattes de bois franc, assumant la lourdeur de leur cadre architectural, mais aussi la légèreté de boîtes de carton aplaties, prêtes à être assemblées en contenants temporaires. Le local à bureaux de Spier laisse les visiteurs en suspens parmi diverses économies de la planéité : la planéité utilitariste des planchers et des postes de travail, la planéité pragmatique des meubles à assembler soi‑même, la planéité (voire la platitude) discursive de la paperasserie, la modélisation et les diagrammes de l’espace social.
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