Ce qui frappe d’abord, avant de s’enfoncer dans le riche réseau de renvois signifiants que tisse le parcours de la récente exposition d’Emanuel Licha au Centre culturel canadien à Paris, c’est bien la force plastique et la beauté povera de l’objet échafaudé. Soulignons, aux risques d’une très évidente abstraction, la qualité strictement objectuelle de l’artefact qui occupe le centre de l’espace principal d’exposition. Ces sculptures éphémères (Licha les démonte à la fin de chacune de ses expositions) mériteraient un sort moins tragique.

Il s’agit dans ce cas d’une baraque, une sorte de favela construite avec du bois et de la taule luisante à laquelle on accède par une rampe recouverte d’une bâche de plastique translucide, mais non transparent. Cette baraque n’a pas de toit : à sa place, une série de projecteurs sur-illumine son intérieur et laisse dans une semi-pénombre la salle d’exposition : la scène se passerait donc à l’intérieur. En y accédant, on découvre un aménagement contradictoire. D’un côté, des semblants de moulures, un semblant de parquet, des éléments qui essayent d’imiter l’intérieur bourgeois où se trouve la baraque (un hôtel particulier aux Invalides, aujourd’hui quartier du pouvoir exécutif, de l’Assemblée Nationale et des Ministères), et en même temps un papier peint, un semblant de Toile de Jouy, qui surprend par ses motifs : au lieu des classiques scènes bucoliques de bonheur campagnard, des images d’insurrection et de massacres que nous ne tardons pas à identifier. Il s’agit en effet de scènes de la Commune de Paris et de sa très violente répression. De l’autre côté, un couloir en cul-de-sac, qui au lieu de nous faire accéder à la salle d’à côté, nous piège et nous fait reculer.

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Cet article parait également dans le numéro 57 - Signatures
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