Photo : Nancy Cormier
Par son titre même, l’événement présenté à Carleton-sur-Mer annonçait ses couleurs : le « séjour temporaire » renvoyait à l’expérience du touriste et l’« altération provisoire », à la transformation momentanée du paysage par la création d’une œuvre in situ. La relation de proximité qui lie art et tourisme n’est pas récente. Depuis la deuxième moitié du 20e siècle, le tourisme culturel est présenté comme une solution idéale pour la relance économique d’anciennes villes industrielles occidentales, le cas du musée Guggenheim à Bilbao ayant fait école en la matière. Avec une économie basée principalement sur l’exploitation et la première transformation des ressources naturelles, il n’est pas étonnant que la région de la Gaspésie ait également pris ce virage, ce dont témoigne la politique culturelle adoptée en 2000 par Carleton-sur-Mer, selon laquelle « [l]a Ville de Carleton doit favoriser les projets liant la vocation touristique au secteur culturel1 1 - Quand le cœur parle de la culture et des arts. Politique culturelle – Ville de Carleton, p. 12, http : //carletonsurmer.com/fichiers/carleton/documents/politiques/pol_culturelle.pdf [consulté le 25 août 2013]. ». Bien sûr, il serait hasardeux de ne retenir que ce seul axe pour expliquer la réussite de la promotion touristique de la région. Reste que les résultats sont là : en 2011, le magazine National Geographic a fait de la Gaspésie l’une des vingt meilleures destinations à visiter au monde2 2 - Site Web de la Ville de Carleton, page « Nouvelles tendances », http : //carletonsurmer.com/ ? id=57&titre=Nouvelles_tendances&em=10 [consulté le 25 août 2013]..
Dans ce contexte, l’invitation lancée par le centre d’artistes Vaste et Vague paraît répondre aux impératifs du développement régional : en collaboration avec sept centres d’artistes du Québec3 3 - Les centres Avatar, Clark, Daïmon, L’Écart, Perte de Signal, Praxis et Sagamie., il proposait à huit artistes québécois de créer une œuvre adaptée spécialement au territoire de Carleton-sur-Mer – suivant en cela une habitude du centre qui, depuis 1997, a réalisé plusieurs événements autour du concept d’in situ. Pourtant, c’est plutôt à cause d’une anecdote personnelle4 4 - Alors qu’elle travaillait au centre d’artistes, Leblanc a souvent donné des informations aux touristes qui croyaient entrer dans un office de tourisme. que Marie-Hélène Leblanc, commissaire originaire de la Gaspésie qui a hérité du projet à la suite du départ de Louis Couturier, a proposé, en accord avec les artistes déjà sélectionnés par son prédécesseur, d’en axer la thématique sur le tourisme et l’in situ (compris ici dans son sens large, soit celui d’une œuvre qui répond aux caractéristiques du site où elle s’inscrit). Conviés un an avant la tenue de l’événement à une courte résidence d’une semaine, les artistes Marie-Claude Bouthillier, Jean-François Caissy, Pierre-Olivier Fréchet-Martin, Sofian Audry, Sylvie Crépeault, Marc Dulude, Milutin Gubash et Donna Legault sont ensuite repartis, chacun dans sa région respective, pour produire les œuvres qu’ils présenteraient durant la période estivale subséquente, au moment le plus achalandé de la programmation du centre d’artistes.
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