© Thomas Hirschhorn / SODRAC (2012)
Photo : Steve Payne
Dans une entrevue accordée récemment, l’artiste contemporain suisse Thomas Hirschhorn s’est lancé à lui-même un défi, que ses œuvres récentes Das Auge (L’œil) (2008, 2011) et Crystal of Resistance (2011) semblent avoir relevé avec une implacable vigueur. Le défi s’est présenté sous la forme d’une question : « Suis-je capable de créer des formes qui vont au-delà [des] faits et des critiques habituels relatifs à la consommation1 1 - Abraham Cruzvillegas, « Thomas Hirschhorn », New York, BOMB, no 113 (automne 2010). ? » Même si ce défi se rapporte au travail antérieur de Hirschhorn, il reflète des préoccupations qui sont toujours actuelles chez l’artiste. Dans la société occidentale, les « faits habituels » relatifs à la consommation semblent concerner essentiellement des éléments matériels, plutôt qu’immatériels. De plus, ces éléments matériels se réduisent à ce qui est inorganique, comme en témoigne l’importance centrale qu’accorde la société aux biens de consommation plutôt qu’à la conscience des consommateurs. La consommation est habituellement considérée comme l’utilisation, l’épuisement et la mise au rebut de biens de base, souvent issus de la production de masse. Les critiques de la consommation formulées par les discours conventionnels se limitent par conséquent à la surconsommation de ces biens et au gaspillage qui s’ensuit.
La critique de Hirschhorn va au-delà de ces points de vue conventionnels pour adopter une vision plus large qui englobe la consommation tant de l’inorganique que de l’organique, en tenant compte des corps humains et non humains, ainsi que l’hyperconsommation de l’immatériel, soit les comptes rendus et les récits de crises humaines. Cette perspective nouvelle s’exprime dans les textes et les matériaux que l’on retrouve dans ses installations immersives grand format. Précisons que même si le mot « installation » est le terme qui désigne habituellement le type d’art pour lequel Hirschhorn est le mieux connu, il s’agit aussi d’un mot auquel il s’oppose. Il préfère appeler ses expositions des « étalages », en raison des connotations politiques et commerciales de ce mot2 2 - Claire Bishop, Installation Art, Londres, Tate Publishing, 2005, p. 123.. Cette optique politique et commerciale ressortait clairement, même si elle était exprimée au moyen de constructions chaotiques et désordonnées, dans Das Auge.
Ce contenu est offert avec un abonnement Numérique ou Premium seulement. Abonnez-vous pour lire la rubrique complète et avoir accès à tous nos Dossiers, Hors-Dossiers, Portfolios et Chroniques !
Vous avez déjà un abonnement Numérique ou Premium ?
Vous ne souhaitez pas vous abonner ? Sachez que d’autres contenus sont accessibles si vous avez un compte Esse. C’est gratuit et sans achat ultérieur requis ! Créez un compte ou connectez-vous :