L’année 2005 a été déterminante pour le milieu du film et de la vidéo expérimentaux de Montréal, déjà en pleine ascension. En effet, une nouvelle génération de cinéastes locaux ayant conspiré pour créer le collectif Double Négatif/Double Negative collective s’est mise à attirer beaucoup d’attention. Comme la plupart des nouveaux collectifs, cette dynamique bande d’expérimentateurs médias a vu le jour manifeste en main. Regorgeant d’hyperboles anti-Hollywood, leur credo esthétique prône une interface artiste-spectateur plus relationnelle. Caractérisant le cinéma « conventionnel » de pharmacie fournissant des sédatifs à sa « clientèle », les artistes de Double Négatif préfèrent stimuler la conscience perceptive des spectateurs en plaçant la spécificité du moyen d’expression à l’avant-plan de leur pratique commune. « Nous jouons le rôle d’un alchimiste, écrivent-ils. Nous favorisons les accidents, les découvertes, les échecs, les processus qui mènent à des paysages inconnus, l’éphémère tangibilité des forces mystiques et transformationnelles, la création d’objets délicats et capricieux dans l’obscurité. » Bon, voilà qui est fort prometteur... mais qu’en est-il des œuvres ?
La deuxième projection de groupe de Double Négatif, qui a eu lieu en mars 2005 au cinéma Parallèle, avait à son programme la plupart des dix films et bandes vidéo présentés lors de la première manifestation du collectif, en juillet 2004 (au centre de visionnement de l’Office national du film, rue Saint-Denis). En dépit de modalités de projection plutôt boiteuses découlant des politiques draconiennes d’Ex-Centris en la matière, le programme comportait plusieurs œuvres méritant de multiples visionnements, dont les meilleures abordaient d’une façon nouvelle les démarches d’intervention manuelle directe sur le support filmique et certaines préoccupations d’ordre structurel. Chiasmus (2003), de Daichi Saito, est une vibrante étude de mouvement d’une durée de six minutes, filmée en noir et blanc à haut contraste. Partant d’une conception du film en tant que métaphore du corps humain animé, Chiasmus contient plus d’énergie physique, de souplesse et de tension rythmique que toutes les œuvres se voulant expérimentales que j’ai vues à Montréal depuis de nombreuses années. Une danseuse pratiquement indiscernable est transformée en forme abstraite au moyen d’un cadrage fractionné et d’une composition à deux tons ainsi que par la rapidité de ses propres mouvements. Des bruits d’aspiration d’air disjoints syncopent la cadence visuelle, effaçant les distinctions entre image et son, vision et ouïe.
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