Photo : Mike Patten
Que voit-on au musée ? Derrière les muséographies impeccables, les éclairages parfaitement adaptés et les cartels rigoureux sur le plan historique se trame tout un ensemble de procédés visant à renforcer la légitimité de ce qui nous est présenté. Avec leur projet de recherche-création intitulé Le catalogue des traductions spéculatives, l’historienne de l’art et muséologue Abigail E. Celis et l’artiste et professeur Cosmo Whyte avancent que le musée offre en fait une traduction : les objets exposés passeraient du langage propre à leur culture d’origine à celui de l’institution. Ce « langage muséal » reposerait sur certaines idées comme la prépondérance de la vision comme moyen de produire des connaissances (il est impensable, après tout, de manipuler ce que nous voyons), en plus de rendre invisible la violence qui est à l’origine de la présence de certains objets dans les collections muséales occidentales. En jouant sur les codes de ce langage, les artistes-commissaires proposent de redéployer la traduction de manière à spéculer et à inventer des zones d’intimité et d’opacité dans un espace qui favorise habituellement la transparence, autant au niveau visuel (tout voir) qu’intellectuel (tout comprendre).
Présentée du 29 novembre au 1er mars à la Galerie de l’Université de Montréal, l’exposition Le catalogue des traductions spéculatives, acte II : Fugitivités est le fruit d’une résidence de Celis et Whyte à la Fondation Camargo, en France. Leur terrain de recherche pour le projet était le Musée d’arts africains, océaniens et amérindiens (MAAOA), situé à Marseille dans une ancienne caserne militaire utilisée autrefois par les soldats des colonies. Le musée abrite aujourd’hui une collection d’objets soustraits à leur culture d’origine. Les artistes-commissaires rappellent que ces œuvres, tout comme les soldats avant elles, ont été appelées à servir les intérêts de l’empire colonial. Celis et Whyte sont d’avis qu’un ensemble de nouvelles traductions permettrait de présenter ces objets de manière à faire vivre des expériences et à susciter des réflexions bien au-delà d’un simple asservissement à l’empire colonial. Le duo en vient à concevoir la traduction comme une « répétition » dans une autre langue, ce qui explique que leurs œuvres originales créées à partir des objets du MAAOA s’articulent souvent autour de la répétition en tant que procédé. En effet, les œuvres font fréquemment appel au travail en série, en plus d’évoquer des mouvements et des temporalités cycliques. En s’inspirant des objets qu’ils ont photographiés, filmés et étudiés lors de leur résidence, les artistes-commissaires en viennent à remplir les murs du Catalogue de nouvelles propositions qui soulignent la pertinence d’interroger et d’élargir notre compréhension de l’espace muséal.
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