Boris Achour, actions-peu, Paris, 1993-1997.
photo : © Boris Achour, permission | courtesy Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris

Le Joker, sabotage incarné

Tiré d’un jeu de cartes, le joker est ce personnage bouffon et saboteur qui peut prendre la valeur que celui qui le détient décide de lui donner. C’est donc une carte potentielle et une figure perplexe qui n’appartient pas à la hiérarchie des numéros ou des figures royales, mais qui assure une ­rupture dans les choix qui vont marquer le cours de la partie. Il représente la coexistence ambivalente d’une solution inattendue pour les uns et d’une entrave malchanceuse pour les autres. Le joker sabote le jeu parce qu’il n’a pas de valeur intrinsèque, parce qu’il échappe aux règles auxquelles se plient les autres figures tout en les reconfigurant ; il se tient à la fois à l'intérieur et à l'extérieur d’un système logique qui pourtant tolère sa présence illogique. C’est un transfuge intégré.

Dans le second volet du récent film à succès de Batman, Le chevalier noir, le Joker est un corollaire parasite dont l’existence est inextricablement liée à son alter ego positif, Batman. Selon la culture qui définit le super héros, le bactérien Joker trouve un support somatique et ­psychique qu’il sabote dans toutes ses composantes. La contamination gagne implacablement la ville et la communauté de Gotham, dans ses lieux, ses moments, son imaginaire. Même éradiquée, l’aura du parasite plane toujours dans des greffons insoupçonnés, étendant la suspicion sur ce qui était encore viable et sain, au-delà de tout soupçon, comme en témoigne le personnage de Harvey Double-Face. Le sabotage dissout le manichéisme originel, et le parasitage déborde le cadre du récit filmique. Le Joker perfore le médium et la pellicule des caméras IMAX en se ­faisant héros du marchandisage et porte-parole de la superproduction1 1 - Voir à ce propos le développement des sites Internet pour le marketing du film, notamment whysoserious., en ­occupant les affiches publicitaires et les esprits des spectateurs aux dépens du super héros, lui-même réduit à un titre. Il gâche tout, vole la vedette dans la fiction et hors de celle-ci, perturbe et reconfigure le système qui, comme un jeu de cartes, est un jeu de valeurs dans la double acception métaphysique et numérique du mot.

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Cet article parait également dans le numéro 68 - Sabotage
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