Bien que de nombreux historiens de l’art, critiques d’art et philosophes se soient appliqués à décortiquer le travail d’Orlan pour en faire ressortir le caractère global et la grande cohérence, le public semble s’obstiner à ne reconnaître en elle qu’une reine de la provocation se complaisant dans l’automutilation, narcissique à l’excès, dont le but est de choquer et de créer le malaise, vision largement véhiculée et amplifiée par les médias. Un récent sondage publié en mars 2005 par Sylvie Rousselot et Nadège Moreau sur le Web1 1 - Nadège Moreau, Quel est l’artiste le plus scandaleux ? Décryptage, www.regioartline.org, 24 mars 2005. en faisait, avec Damien Hirst, l’artiste la plus scandaleuse parmi 50 noms proposés. Certes, en entamant la série des opérations-performances en 1990, l’artiste stéphanoise a elle-même facilité la tâche à ses détracteurs. Mais voir dans le travail d’Orlan la seule volonté de susciter le scandale dénote une vision chronologiquement réductrice et un refus évident de vouloir se pencher sur une œuvre qui interroge l’humain – et la femme en particulier – dans son entier et qui se veut une arme pour combattre les concepts judéo-chrétiens. Il est donc essentiel de replacer ces opérations dans l’ensemble de l’œuvre de cette artiste qui a toujours su rester indifférente aux modes. L’incompréhension du public tient également à une difficulté à comprendre le sens des œuvres d’Orlan. Il convient donc de mettre en lumière la dimension militante et la fonction idéologique qui traduisent une position religieuse, sociale et politique très ferme de l’artiste. Pourtant, utilisé à bon escient et avec parcimonie, le terme « scandaleux » – qui qualifiait à la fin du 11e siècle une « parole ou [un] acte répréhensible qui sont pour autrui une occasion de péché2 2 - Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Paris, Librairie Larousse, 1964, p. 674. » – pourrait être employé pour qualifier le travail artistique d’Orlan. Car si l’on y regarde de plus près, une part importante de son œuvre est sous-tendue par la volonté de combattre « celle qui a toujours été l’ennemie3 3 - ORLAN, Monographie multimédia, [entretiens avec l’artiste] cd-rom, éditions Jériko, 2000. », la religion. Mais la stratégie d’Orlan réside avant tout dans une esthétique et une rhétorique de la provocation. Elle encourage la réflexion par les images tout en produisant un discours à fort impact idéologique, dans la mesure où elle vise la transformation du corps en outil de langage, en Verbe. Pour incarner cette lutte antireligieuse, Orlan choisit le personnage d’une Sainte baroque4 4 - Chez Orlan, le baroque n’évoque pas seulement un art flamboyant, excessif et tourmenté mais aussi et surtout un art de la Contre-Réforme, dans lequel on peut voir une nouvelle preuve de son combat contre le catholicisme, dont elle utilise pourtant les armes. archétypale à laquelle elle appose son propre nom pour mieux brouiller les codes sociaux et les marques du sexe.

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Cet article parait également dans le numéro 56 - Irrévérence
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