Apparition, 2004.
Photo : permission de | courtesy of Klaus Obermaier & Ars Electronica Futurelab
Quand il est question des liens entre les arts visuels et la danse, on aurait tendance à oublier le fait que cette dernière s’adresse à l’œil du spectateur avant de se déployer dans le registre de sa sensibilité intersensorielle, que l’on peut décrire en termes de perception proprioceptive, kinesthésique et synesthésique. Cela dit, grattez le chorégraphe et vous découvrirez peut-être un plasticien : Forsythe, Preljocaj, Saporta, Teshigarawa, Decouflé, Waltz et Lock, pour ne nommer qu’eux. Aussi, certains chorégraphes sont davantage plasticiens que danseurs, tel Jan Fabre.
Art du temps, de l’espace et du corps, la danse peut se lier avec pratiquement toutes les formes d’art. Par ailleurs, le 20e siècle affirme qu’elle peut fort bien se suffire à elle-même, qu’elle le doit, même. Isadora Duncan danse sans décor, Mary Wigman crée une danse sans musique, à Hellerau, au grand dam d’Émile Jaques-Dalcroze. La danse ne peut toutefois pas se passer de lumière1 1 - Un contre-exemple : en mars 1994, Tangente Danse Actuelle rédigeait un programme comportant des caractères en braille à l’intention d’un public composé de voyants et de non-voyants, et ce, dans le cadre d’un événement « laboratoire » ayant pour thème « l’univers sensoriel et ses trajectoires imaginaires ».. Le corps et ses ombres, danse et éclairage, constituent la base de toute proposition scénographique. Ce qu’Adolphe Appia faisait valoir au début du 20e siècle tient toujours au 21e, d’autant plus que les technologies de l’éclairage se sont développées au point d’effacer la distinction entre le projecteur de lumière et le projecteur vidéo, ce qui est rapidement devenu banal après Exaucé/Salt (1998) d’Édouard Lock. Dans un passage de ce spectacle, une séquence d’images se déplaçait sur le fond de scène, à la manière d’un projecteur directif. Cette projection étant de forme circulaire et comportant parfois des plans rapprochés de visages, une impression étrange et paradoxale en résultait : quelle est cette lorgnette ? L’ubiquité des dispositifs médiatiques nous a depuis habitués à une panoplie d’effets en temps réel et aux jeux d’échelle et de temporalité. Les artistes ont adopté les outils numériques qu’ils ont trouvés lors du « virage technologique » des années 1990, outils qui ont depuis été remplacés par de nouveaux, inespérément plus performants. De quoi entraîner la danse dans de nouveaux univers et lui proposer de nouveaux partenaires.
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