photo : Robert Skinner
Un sublime hypermoderne
Définie par l’excès et la démesure, notre ère est celle de l’infini, de l’immatériel, de l’instantané. Aussi, notre espace quotidien semble maintenant doté d’un « halo virtuel1 1 - Louise Poissant, « Colonies et paysages dans le cyberespace », Revue d’esthétique, Paris, no 39, 2001, p. 49-55. » tissé de circuits numériques et d’ondes invisibles qui mettent en échec les distances et le temps tels que nous les concevions, il y a moins de vingt ans. Qu’ils la nomment hypermodernité, surmodernité ou modernité liquide, anthropologues, sociologues et philosophes s’accordent : l’ère des réseaux et du virtuel fait naître de tout nouveaux rapports au temps, à l’espace, à soi et à l’autre. Tellement, en fait, qu’ils y voient une véritable mutation anthropologique2 2 - Voir Marc Augé (soit l’ensemble de ses travaux depuis Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmodernité, 1992), Nicole Aubert (L’individu hypermoderne, 2004) et Zygmunt Bauman (La vie liquide, 2006). : le type d’individus que nous serions devenus, Nicole Aubert le qualifie d’hypermoderne3 3 - Nicole Aubert, L’individu hypermoderne, Ramonville St-Agne, Érès, 2004. Ce terme est retenu notamment pour sa référence directe à l’excès, à la démesure, à l’extrême..
Le monde ne s’est jamais montré à notre mesure. Aussi, et ce, depuis toujours, est-il générateur de sublime. Cependant, ce « plaisir mêlé d’effroi4 4 - Emmanuel Kant, Observations sur le sentiment du beau et du sublime, Paris, Vrin, 1992. » semble, en cette ère hypermoderne, prendre une forme inédite : après le sublime de la nature, nous entrons dans le règne du sublime technologique. En effet, pour Mario Costa5 5 - Mario Costa, « Paysages du sublime », Revue d’esthétique, Paris, no 39, 2001, p. 125-133., le sujet se noie non plus seulement dans l’immensité du réel, mais également dans l’infini immatériel du réseau, dans un non-paysage du trop-plein, de trop grands et trop nombreux possibles. « Comme une boulimie insatiable du regard, dit Costa, je peux absorber et digérer la traduction visuelle de l’univers entier en me laissant en quelque sorte absorber et me dissoudre en elle6 6 - Ibid., p. 129.. » Donc, déjà impréhensible dans son entièreté pour l’esprit de celui qui l’habite, le monde aujourd’hui se dédouble ; sa forme (ou couche) seconde est d’autant plus ardue à objectiver qu’elle est immatérielle, invisible.
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