Ces dernières années, un nombre croissant d’artistes engagés dans des pratiques conceptuelles et performatives ont utilisé l’exposition à la fois comme une scène et comme un médium dans le but d’explorer leur relation avec les archives de leur propre histoire. En d’autres mots, ils relient en boucle le passé de l’art et la reproductibilité de sa présence tout en reconnaissant son auto-institutionnalisation croissante. Ces artistes et ces chorégraphes (dont Ai Arakawa, Jérôme Bel, Pablo Bronstein, Gerard Byrne, Boris Charmatz, Lynda Gaudreau, Andrea Geyer, Sharon Hayes, Luis Jacob, Xavier Leroy, Sarah Michelson, Paulina Olowska, Sarah Pierce et Emily Roysdon) utilisent le cadre de l’exposition pour explorer les stratégies de l’éphémère et sa manifestation physique, en considérant celle-ci comme un mode de production axé sur la durée plutôt que comme l’expression d’un état passager. Par leurs performances, leurs chorégraphies, leurs enregistrements visuels, leurs conférences, leurs écrits et leurs installations, ils réfléchissent activement aux dynamiques médiatiques de ces formes d’art soi-disant « dématérialisées » qui, dans les faits, passent souvent par l’image ou par l’objet ; ils explorent les strates chronologiques de l’exposition vue comme un médium performatif et procèdent avec acharnement à une lecture et à une transmutation de leurs sources dans le cadre de l’exposition1 1 - La majorité de ces créateurs ne se considèrent pas comme des artistes de la performance au sens classique du terme, mais ont adopté des pratiques axées sur la performance et des pratiques relationnelles, qui constituent dorénavant une partie essentielle de leur vocabulaire artistique. Quant aux chorégraphes mentionnés plus haut, entre autres Bel, Charmatz, Gaudreau, Leroy et Michelson, ils utilisent de plus en plus la salle d’exposition en tant qu’espace contextuel (site specific) d’exploration chorégraphique, traduisant leurs chorégraphies à l’intérieur de l’exposition.. Leur travail s’entremêle avec divers fils historiques (critique institutionnelle, art d’appropriation, esthétique relationnelle et renouveau de la performance) dont il propose une contrelecture.
La suppression du quatrième mur des histoires de la performance
Le travail de l’artiste français Jimmy Robert, qui exerce ses activités à Bruxelles et à Berlin, et celui des artistes québécoises et canadiennes établies à Montréal Sophie Bélair Clément et sa collaboratrice, la chorégraphe et danseuse Marie Claire Forté, constituent deux exemples emblématiques de cette démarche. Ainsi, Draw the Line (2013) de Robert œuvre commandée par la galerie torontoise Power Plant et réalisée à l’été 2013 et 2 rooms equal size, 1 empty, with secretary,(1) de Bélair Clément avec la collaboration de Forté présentée à Artexte à l’automne 2012 et à l’hiver 2013 examinent les notions parallèles liées au commissariat et à la performance de façons à la fois différentes et correspondantes2 2 - 2 rooms equal size, 1 empty, with secretary,(1)était une installation et un événement conçus en fonction du lieu et organisés par Eduardo Ralickas à Artexte, présentés du 27 septembre 2012 au 26 janvier 2013. Le titre s’accompagnait de la note suivante : (1) « Plan général de la galerie. Deux pièces de superficie égale, l’une étant vide, avec secrétaire, téléphone, bureau, meuble de classement et catalogue. L’autre contenant deux œuvres de chaque artiste. » Seth Siegelaub, livre des visiteurs et notes préparatoires, I.A.43, January 5-31, 1969 [le « January Show »], archives du Museum of Modern Art, New York. Voir http : //artexte.ca/sophie-belair-clement2-rooms-equal-size-1-empty-with-secretary1/ [consulté le 27 février 2014].. Par ces œuvres, les artistes brisent littéralement le quatrième mur du lieu d’exposition en tant qu’espace performatif.
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