Gregor Schneider Cube Venice, 2005. © Gregor Schneider / SODRAC (2014)
Photo : permission de l’artiste
Dans les sociétés occidentales contemporaines laïques et démocratiques, les religions – toutes les religions – fonctionnent selon le principe de la liberté de croyance. Après la victoire des Lumières, la foi est devenue une affaire privée. La liberté de croyance signifie que toute personne est libre de croire ce qu’elle choisit de croire, et aussi qu’elle est libre d’organiser sa vie personnelle et privée conformément à ses croyances. Mais cela signifie également qu’il est interdit d’imposer sa propre foi dans la sphère publique et aux institutions de l’État. Les changements engendrés par les Lumières ont donné lieu non pas à la disparition de la religion, mais à sa privatisation, à sa relégation dans la sphère privée. Dans les conditions propres au monde contemporain séculier, la religion est devenue une question de gout personnel, un peu comme l’art et le design. Cela ne veut pas dire qu’elle ne puisse faire l’objet de débats, mais que sa place y est la même que celle de l’art telle qu’elle a été décrite par Kant dans sa Critique du jugement : la religion peut être discutée publiquement, à condition de n’entrainer aucune conclusion qui serait contraignante pour ses participants ou pour la société dans son ensemble. L’engagement envers une foi religieuse ou une autre relève d’une décision personnelle, privée et souveraine qui ne peut être dictée par aucune autorité publique, y compris les autorités démocratiques légitimement élues. Mais surtout, une telle décision – comme c’est le cas pour l’art – n’a pas besoin d’être défendue à la face du monde. Elle est plutôt censée être socialement acceptée sans qu’aucune explication ne soit exigée. La légitimité des croyances personnelles ne se fonde pas sur leur pouvoir de persuasion, mais sur le droit souverain de chaque individu d’accepter ou de rejeter ces croyances. 
Wim Delvoye
Tim, vue d’exposition, medium religion, zkm | Centre D’art Et De Technologie Des Médias, Karlsruhe, 2008. © Wim Delvoye / Sodrac (2014)
Photo : Tobias Efthymiades, permission de l’artiste

La science, en revanche, est une affaire publique. Les connaissances obtenues, formulées et présentées scientifiquement sont essentielles à la gouvernance des démocraties libérales occidentales contemporaines issues des Lumières. Comme Michel Foucault l’a souligné à maintes reprises, dans les conditions de la modernité, le savoir scientifique va de pair avec le pouvoir. La technologie moderne se fonde sur des sciences comme la physique et la biologie, et la pratique moderne de la gouvernance s’appuie sur les sciences positives telles que le droit, la science politique, l’économie, la psychologie et la sociologie. Tout cela signifie qu’il ne peut y avoir de liberté scientifique au même sens qu’une liberté de croyance. Dans le cadre d’une discussion scientifique, toutes les opinions peuvent et doivent être justifiées ou réfutées sur la base de certains faits, à l’aide de certaines règles. Chacun est assurément libre – du moins en théorie – de formuler sa position et de la défendre. Mais la validité d’une opinion scientifique ne peut être soutenue sans explication, à contrecourant des données probantes et sans arguments plausibles et convaincants. 

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Cet article parait également dans le numéro 83 - Religions
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