Photo : Angel Tzvetanov, permission de Arndt & Partner, Berlin & Zurich
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, il nous est donné d’observer la diffusion dans des franges de plus en plus vastes de l’opinion publique des « théories du complot » qui favorisent en retour les extrémismes1 1 - Guillaume Dasquié, Jean Guisnel, L’effroyable mensonge, thèse et foutaises sur le 11 septembre, Paris, La Découverte, 2002.. L’ouvrage de Thierry Meyssan, L’effroyable imposture, est sans doute l’exemple le plus frappant de cette nouvelle vague conspirationniste. Selon la thèse de l’auteur, les attentats du 11 septembre ne seraient pas une attaque de l’organisation terroriste internationale Al-Quaïda mais un coup d’État perpétué par un groupe secret de l’exécutif américain qui chercherait par cette voie détournée à imposer une ligne dure au président Bush. Pour preuve du complot, c’est un missile américain et non un avion qui aurait frappé le Pentagone, comme le démontreraient plusieurs détails : la taille du trou dans la façade ou encore l’absence de débris sur la pelouse. La thèse s’est propagée sur Internet, puis sous la forme d’un livre, vendu à 300 000 exemplaires, avant de faire le tour du monde, en 27 langues.
Le mythe du complot apparaît avec l’exercice moderne du pouvoir, il est l’envers négatif du politique, son ombre en quelque sorte. L’apparition de la pensée conspirationniste se confond avec la naissance d’un ordre sociopolitique non plus immuable et traditionnel mais soumis à l’action transformatrice de la volonté humaine. Elle prend forme peu après la révolution française dans les milieux contre-révolutionnaires : en 1797, l’abbé Barruel interprète ces évènements comme le produit d’un complot franc-maçon2 2 - Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et usages d’un faux, Paris, Fayard, 1987.. Cette rhétorique est toujours à l’œuvre dans l’extrême droite actuelle : la modernité serait le produit d’un complot et tous les groupes détenant, réellement ou supposément, un quelconque pouvoir, seraient ainsi susceptibles de voir leur influence fantasmée. Ces théories conspirationnistes épousent l’histoire : même si de nouveaux pouvoirs occultes apparaissent (juifs, capitalistes, américains, etc.), la forme du récit conspirationniste reste substantiellement la même. Elle est le propre des extrémismes qu’ils soient de droite ou de gauche. Depuis quelques années de nombreux spécialistes ont attiré l’attention sur ce retour de fortune des théories du complot et alerté le public. Les angoisses engendrées par la mondialisation alimentent le conspirationnisme : les discours anti-mondialistes (et anti-américains), qui prolifèrent et voyagent d’un extrême à l’autre, prennent souvent la forme de théories du complot et constituent un écueil pour la pensée politique. Cette prolifération inquiète les spécialistes, car la pensée conspirationniste est chargée de violence : en attribuant à un groupe une volonté de puissance d’une malignité démesurée, elle justifie le passage à l’acte par un mécanisme de projection. Les idéologies d’extrême droite sont typiquement des théories du complot – le complot judéo-maçonnique étant le plus connu, parce qu’il fut la matrice du nazisme.
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