En 1965, Theodor Nelson, théoricien américain de l’information, affirmait qu’une révolution était en train de se produire dans l’univers des mots. L’utilisation des ordinateurs pour stocker, communiquer et organiser des textes entraînait une modification de l’idée même de textualité. Les idées de Nelson ont ensuite gagné en popularité, tout comme le terme hypertexte, qu’il a attribué aux structures de liens que les réseaux informatiques avaient commencé à révéler à partir des textes. Mais le raisonnement de Nelson est souvent mal compris : il ne prétendait pas que les ordinateurs avaient créé les possibilités techniques pour une révolution, mais plutôt qu’ils avaient mis en lumière le potentiel latent de l’hypertexte. En effet, selon Nelson, hypertexte était un nouveau mot servant à nommer quelque chose de profondément ancien. Si, d’une part, il offrait un moyen tout trouvé de nommer les structures de liens qui allaient devenir caractéristiques des documents électroniques, il constituait d’autre part une façon de parler des notes de bas de page, des annotations et de tous les autres mécanismes non linéaires qui faisaient depuis longtemps partie de la tradition liée au texte écrit et imprimé. Au même titre que l’hypertexte électronique, l’écrit et l’imprimé permettaient déjà aux lecteurs de se déplacer à l’intérieur des textes selon des méthodes qui remettaient en question la notion de linéarité textuelle1 1 - Theodor Nelson, Dream Machines, 1974, p. 50.. En effet, comme l’explique Nelson, ces types de déplacements et de sauts n’exigent même pas de mécanisme paratextuel. Ils sont déjà implicites dans la structure même du discours. Voici ce qu’il écrit à ce sujet :
Bien des gens croient que [l’hypertexte] est un concept nouveau, radical et menaçant. Toutefois, j’aimerais préciser que l’hypertexte est un concept fondamentalement traditionnel qui est déjà bien inscrit dans la tradition littéraire. Dans le processus habituel d’écriture, on choisit une séquence d’exposés à partir de la myriade de possibilités qui s’offrent à nous; l’hypertexte en permet beaucoup, qui sont toutes à la portée du lecteur. En fait, nous nous écartons constamment de la séquence, citant des choses qui se trouvent dans des parties ultérieures ou antérieures du texte. Des formules telles que «comme nous l’avons déjà mentionné» et «comme nous le verrons plus tard» constituent en réalité des pointeurs implicites vers des contenus se trouvant ailleurs dans la séquence2 2 - Theodor Nelson, Literary Machines, 1980, 1.17.
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