Manifestations étudiantes | Student protests, marche ou crève, montréal, printemps | spring 2012. photo : © mario jean / madoc
Dans ses écrits à propos de la « rumeur » persistante de la « fin de l’art » dans le contexte de l’art et de la philosophie modernes depuis Hegel, Eva Geulen souligne la perpétuelle non-actualité de cette idée : « Dès lors qu’il est question d’une fin... ce qu’on en dit est soit prématuré, soit décalé... Car la fin a déjà eu lieu ou elle est encore à venir. Entretemps, l’échéance de la fin avance ou recule, et les délibérations à ce propos se poursuivent1 1  - Eva Geulen, The End of Art: Readings in a Rumor After Hegel, Stanford, Stanford University Press, 2006, p. 1. [Trad. libre]. » Cette dualité est essentielle pour comprendre la place de l’art dans la critique du spectacle formulée par Guy Debord : pour les situationnistes, l’art est à la fois déjà chose du passé et en manque d’une fin ponctuelle et authentique.

Lors de sa fin « spectaculaire », l’art voit son cadavre préservé en tant qu’institution autonome, mais sa plus haute vocation est évacuée : alors qu’il promettait jadis l’avènement de nouvelles formes de communication ainsi que de nouvelles façons de se représenter le monde et d’entrer en relation avec lui, l’art sous le règne du spectacle est conservé comme un objet de vénération moribond dans des musées devenus mausolées ou exhibé comme un gadget à la mode, ou encore fait l’objet d’investissements spéculatifs dans le monde de l’art, volet particulièrement élitiste de l’industrie du divertissement. À l’opposé, les situationnistes prônent la nécessité de la réalisation historique de la destruction de l’art que l’avant-garde n’a pas su mener à bien : selon Debord, les dadaïstes et les premiers surréalistes ont critiqué les formes et les normes de la culture bourgeoise au point de contester l’existence même de l’art comme sphère séparée du reste de la vie sociale. Mais Debord affirme que les avant-gardes n’ont pas été assez loin, car elles ne sont pas passées d’une opposition esthétique aux modes de représentation de la société bourgeoise à une opposition politique aux fondements économiques de cette société. Les situationnistes ont repris à leur compte les rêves de l’avant-garde et la critique marxiste de l’aliénation, qu’ils considéraient comme les deux moitiés d’un même projet, dans le but d’accomplir le « dépassement et la réalisation de l’art », c’est-à-dire son abolition en tant que spécialisation distincte et la réalisation de sa promesse de libération directement dans la vie. Au lieu de produire de la poésie au service de la révolution, Debord propose que « la révolution [soit] au service de la poésie2 2 - Internationale situationniste, « All the King’s Men », Internationale situationniste, no 8 (janvier 1963), p. 31. ».

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Cet article parait également dans le numéro 82 - Spectacle
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