Cindy Sherman Untitled Film Still, 1977-1980. Exposition présentée par le Jeu de paume, Paris 2006, Bregenz, 2006, Humlebaek, 2007, Berlin, 2007.
Photo : permission de Metro Pictures, New York et du Jeu de paume, Paris
L’artiste partage avec le jeune enfant le privilège de pouvoir s’exhiber, nu, vêtu ou déguisé. 
La différence est qu’il ne le fait pas seulement dans le cercle étroit de sa famille, mais sur les planches des théâtres, les sciures des pistes de cirque, les pages des hebdomadaires et bien entendu les écrans de toutes tailles. Mais justement, est-ce encore son privilège ? Aujourd’hui, sur Internet, chacun peut dévoiler des pans de son anatomie ou de ses pensées secrètes à des millions d’inconnus, ou bien jouer à cache-cache derrière un pseudonyme ou une identité d’emprunt. Certes, le résultat est rarement artistique, et pourtant, ces manifestations pourraient bien obéir au même désir que celui qui pousse certains artistes à faire de leur personne ou de leur apparence la matière première de leur création. Dans les deux cas, il s’agit de mettre en scène des possibilités ou des aspects de soi dont la valeur est encore incertaine à ses propres yeux dans le but d’en éprouver la validité. Ce désir, que j’ai désigné sous le terme d’« extimité1 1  - Serge Tisseron, L’intimité surexposée, Édition Ramsay, 2001, réédition Hachette, 2003. », est inséparable de l’intimité dont il constitue en quelque sorte l’autre facette. À ce titre, il n’a pas attendu les nouvelles technologies pour exister, même s’il est poussé en avant par leur explosion. Preuve en est que Cindy Sherman en a anticipé les expressions actuelles dès les années 1970. 

Le désir d’extimité tente de répondre à deux questions : « Qu’est-ce que je suis ? » et « Qu’est-ce que je veux ? ». Ces deux questions, qui témoignent du désir de se connaître davantage, renvoient en fait à une seule et même préoccupation : « Comment me plaire ? ». La question « Comment plaire aux autres ? » ne vient que dans un second temps. Le désir de se trouver est en effet premier et la reconnaissance par autrui n’est qu’un moyen pour y parvenir. Mais comme l’extimité n’existe que médiatisée à travers une expression visible, la tentation a été de penser qu’elle serait « médiatique » par essence, ce qu’elle n’est pas forcément. Bref, ce désir ne doit pas être confondu avec la recherche de la célébrité, même si les deux peuvent être associés.

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Cet article parait également dans le numéro 58 - Extimité ou le désir de s’exposer
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