BGL Le discours des éléments, 2006, vue d’installation, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.
Photos : © MBAC, permission de BGL, Parisian Laundry, Montréal & Diaz Contemporary, Toronto
Au cours des dernières années, l’exposition est devenue le lieu d’une exploration sans précédent de la part des artistes, des commissaires et des musées. Cet article rassemble, sous une forme fragmentaire, un ensemble de stratégies et d’exemples qui participent à sa redéfinition. Si les différentes modalités qui s’en dégagent ne semblent pas de prime abord avoir quoi que ce soit en commun, leur regroupement permet de voir à quel point l’exposition est aujourd’hui l’objet d’une réflexion critique où ses fonctions, ses dispositifs, ses discours et son histoire sont examinés. Où et quand cette réflexion s’amorce-t-elle ? Où et quand s’achèvera-t-elle ? Bien que la question mérite d’être posée, compte tenu de l’histoire récente des expositions1 1  - Voir les deux ouvrages fondamentaux suivants : Bruce Altshuler (dir.), Salon to Biennial – Exhibitions That Made Art History. Vol. I: 1863-1959, Londres, Phaidon, 2009 ; et Bruce Altshuler (dir.), Biennials and Beyond – Exhibitions That Made Art History. Vol. II: 1962-2002, Londres, Phaidon, 2013. et des tentatives d’en théoriser les différents modèles2 2  - Voir notamment Jérôme Glicenstein, L’art : une histoire d’expositions, Paris, PUF, « Lignes d’art », 2009., la contribution que je voudrais apporter ici s’inscrit moins dans une perspective historique ou théorique qu’elle tente de cerner différentes approches. Je propose donc une sorte d’inventaire, non linéaire et sans considération pour la chronologie, de sept façons dont les artistes, les commissaires et les musées repensent l’exposition. Le titre de cet article qui se lit comme suit, L’exposition à la puissance deux, insiste sur la force de remise en question des expérimentations qui ont lieu actuellement et leur dimension auto-réflexive, autant qu’il souligne l’importance de cet objet d’étude en émergence. Autrement dit, l’idée de cet inventaire est de montrer le potentiel des questions que l’exposition soulève aujourd’hui.

1. L’œuvre comme exposition

Les frontières entre l’œuvre et l’exposition sont souvent difficiles à tracer depuis que les artistes attachent autant d’importance à la production de leurs œuvres qu’à leurs conditions de présentation. Le discours des éléments (2006), du collectif BGL, est un cas particulier qui pousse très loin la relation entre les deux. C’est l’une des installations contemporaines de la collection du Musée des beaux-arts du Canada qui posent les plus grands défis. Regroupant une dizaine d’œuvres réalisées au cours des premières années du collectif, entre 1996 et 2006, ainsi qu’une panoplie de matériaux et de résidus d’atelier, cette vaste installation contient la première exposition « rétrospective » des artistes.3 3 - Voici une liste non exhaustive des œuvres ainsi que des éléments et des maquettes de projets réalisés entre 1996 et 2006 qu’on trouve dans Le discours des éléments : la motocyclette et la vidéo de la performance Rapides et dangereux (2005), un orignal naturalisé (Venise, 2004), divers objets en bois sculpté à la main (deux des cabines téléphoniques de Rejoindre quelqu’un, 1999), une grande partie des boîtes et des emballages cadeaux d’À l’abri des arbres (2001), la voiture en bois et en carton de La guerre du feu (2006), l’ossature de bois de Chapelle mobile (1998), Bosquets d’espionnage (2004), Le pouvoir de la fuite (2005) et Marche avec moi (2003) ; il y a aussi des restes de sculptures en bois brulés, des matériaux de toutes sortes et des pots de peinture qui s’entassent pêlemêle sur les étagères. Elle est non seulement l’une des œuvres les plus complexes du collectif, mais aussi l’une des plus difficiles à inventorier et à réexposer. Sa forme particulière s’apparente à l’espace d’entreposage et à la réserve de musée, où les œuvres s’entassent sur des étagères de chaque côté d’une allée. Le discours des éléments est également caractéristique de la façon dont BGL recycle et réutilise des matériaux, ainsi que ses propres œuvres, en se gardant toujours la possibilité de les remanier et de les reconfigurer en fonction de l’espace d’exposition. Ses différents éléments peuvent aussi être présentés comme une seule installation ou séparément comme des œuvres individuelles autonomes. En rassemblant ainsi les dix premières années de sa production, BGL rejoue et convertit les conventions de la rétrospective et incite le musée à revoir ses normes d’acquisition, de documentation et d’exposition.

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Cet article parait également dans le numéro 84 - Expositions
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