Le «tourisme», entendu comme le «fait de voyager, de parcourir pour son plaisir un lieu autre que celui où l’on vit habituellement», tire son nom du «Grand Tour» d’Europe (Grèce, Italie, etc.) effectué par les jeunes Britanniques de la haute société à partir de 1700 pour parfaire leur éducation. Le terme apparaît aux environs de 1830 et se teinte assez vite d’une connotation péjorative dans la littérature de voyage1 1 - Vers 1830-1840, le tourisme s’intensifie tout en se massifiant : en témoigne, en 1841, la création de l’agence Cook, la première agence de tourisme. Aujourd’hui, le phénomène touristique s’est diffusé dans le corps social puisqu’en France, par exemple; il est le fait d’environ 80 % de la population.. À l’inverse de l’aventurier ou de l’explorateur, le touriste est rapidement assimilé à celui qui voyage sans épreuve ou sans danger. S’il souffre aujourd’hui encore d’une réputation peu glorieuse, les biens et les richesses qu’il génère font de lui une figure attendue, accueillie voire courtisée.
Touristiques ? Les déambulations de Francis Alÿs, Stephen Wilks, Laurent Tixador, Abraham Poincheval, Nicolas Pinier et Michael Blum s’y apparentent. Fondées sur la mobilité naturellement associée au tourisme et en reprenant l’apanage2 2 - Ses différentes formes de mobilité (le voyage, la promenade, la randonnée, etc.), ses accessoires (guides, sac à dos, etc.) et ses codes., leurs pratiques artistiques s’en écartent légèrement en ce qu’elles pastichent tout autant qu’elles subliment la figure du nomade de la société des loisirs et de la consommation. Ce qui caractérise ces artistes avant tout : l’absence de crainte ou de peur du ridicule et donc, de fait, la propension à se décomplexer doublement vis-à-vis de la figure de l’artiste d’une part et de celle du touriste de l’autre. Tout est pour eux prétexte ou support au déplacement, question qu’ils abordent de manière quelque peu iconoclaste : nous sommes là bien loin d’une quelconque esthétisation de la marche ou de la dérive, telle que la pratiquaient par exemple les artistes du Land Art dans les années 1960 et 1970 ou encore les situationnistes, qui l’avaient même théorisée. Les artistes de notre corpus s’écartent encore de l’attitude nonchalante ou du dandysme que l’on prête au flâneur baudelairien et exploitent au contraire la veine burlesque ou maladroite qui caractérise assez bien le touriste.
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