photo : permission de | courtesy of David Zwirner, New York
Inspiré par les bouleversements politiques dont il a été témoin lors d’un voyage au Pérou, en octobre 2000, l’artiste belge Francis Alÿs a effectué en 2002 un travail ayant nécessité le concours de 500 personnes munies de pelles pour déplacer une dune d’environ 500 mètres de longueur de quelques centimètres seulement. Ni les volontaires (surtout des étudiants en génie) ni les habitants du bidonville des dunes de Ventanilla en périphérie de Lima, où avait lieu l’événement, n’ont été rémunérés pour leur participation. Selon Alÿs, ce travail s’efforce « de transposer les tensions sociales en récits qui, à leur tour, servent à influer sur l’imaginaire du lieu » afin « d’infiltrer l’histoire et la mythologie locales de la société péruvienne, et ainsi introduire une nouvelle rumeur dans ces récits1 1 - Francis Alÿs, «A thousand words: Francis Alÿs talks about When Faith Moves Mountains», Artforum (été 2002), p. 147. [Trad. libre] ». Alÿs reconnaît que ce travail tient lieu de « pratique interprétative active exécutée par les destinataires de l’œuvre qui doivent lui donner un sens et une valeur sociale2 2 - Ibid. [Trad. libre] ».
Nous pourrions analyser le travail d’Alÿs sous l’angle d’un modèle artistique qui croît en popularité, celui des pratiques artistiques interactives et participatives. Ce que le commissaire et critique français Nicolas Bourriaud appelle l’art relationnel a été exploré par un certain nombre d’artistes contemporains et de critiques. Selon Bourriaud, les œuvres relationnelles établissent leurs fondements théoriques dans les relations interhumaines et leurs contextes sociaux3 3 - Nicolas Bourriaud, Esthétique relationnelle, Dijon, Les presses du réel, 2001, p. 14.. L’œuvre d’Alÿs When Faith Moves Mountains (Quand la foi déplace des montagnes) constitue un exemple intéressant d’art relationnel tel que le définit Bourriaud. Il n’en demeure pas moins que l’analyse de ce travail par le biais de la théorie de l’esthétique relationnelle de Bourriaud soulève plusieurs questions éthiques que le modèle du critique français n’aborde pas. Je me sens donc dans l’obligation de m’interroger sur les avantages que les destinataires de l’œuvre d’Alÿs tirent de leur participation, si avantages il y a. L’échange entre l’artiste et ses destinataires : qu’en tirent les collaborateurs ? Étant donné le succès imperceptible, intangible et contingent du projet, il importe de prendre en considération les problématiques éthiques de cet échange. Lorsqu’on confronte l’analyse du travail d’Alÿs menée selon la méthodologie de Bourriaud et les analyses de Claire Bishop et de Grant Kester, on fait ressortir, sur le plan éthique, les angles morts du concept de l’art relationnel de Bourriaud et les difficultés potentielles de cet échange collaboratif que mettent en perspective des œuvres comme When Faith Moves Mountains.
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