Que la fête commence : Processions, parades et autres formes de célébrations collectives en art actuel

Marie Fraser
Les Fermières ObsédéesLe Carnaval, Paysage Éphémère, Montréal, 2008.
Photo : Eva Quintas
Le matin du 23 juin 2002, une étrange procession quitte le Museum of Modern Art de New York et traverse le Queensboro Bridge pour se rendre au nouvel emplacement temporaire du Musée dans Queens. Les apparats d’un traditionnel défilé s’y trouvent : une fanfare de cuivres composée d’une douzaine de musiciens péruviens, un cheval, des chiens, près d’une centaine de participants dont plusieurs enfants, des palanquins sur lesquels trônent des répliques de chefs-d’œuvre de la collection du MOMA, Les Demoiselles d’Avignon de Picasso, le ready-­made Roue de bicyclette de Duchamp et Femme debout no 2 de Giacometti, ainsi que l’artiste Kiki Smith installée comme un « icône vivant », ­évoquant la statut de la Vierge lors d’une procession religieuse. Le tout se déroule dans une atmosphère de célébration et, en cours de trajet, une ­centaine de personnes se mêlent à la fête, conférant encore plus d’ampleur à cette manifestation publique. 

The Modern Procession est l’œuvre de Francis Alÿs1 1 - Le modèle de parade qui semble avoir motivé Alÿs est la procession religieuse. L’artiste a proposé au MOMA son projet un mois après avoir assisté à la Procession de Santa Cruz à Morelos, au Mexique. Voir le catalogue Francis Alÿs: The Modern Procession, New York, Public Art Fund, 2004.. Extrêmement singulière, elle a tout pour surprendre, même si l’artiste a toujours ­cherché à déstabiliser le cours normal des choses et à agir sur notre expérience du monde en explorant diverses figures de la mobilité et de la déambulation urbaines. Avec cette procession pour le moins étrange, à mi-chemin entre le rituel et l’événement profane, il fait revivre une forme ancienne de fête commémorative en mettant l’accent sur sa dimension populaire. Cette idée de rassemblement a également capté l’attention de quelques artistes au cours des dernières années. Que ce soit sous les ­allures de parade, de procession ou de manifestation, cette ­résurgence de la fête témoignerait d’un intérêt renouvelé pour des formes de célébrations et de commémorations où la dimension participative et collective semble être un élément particulièrement significatif. S’inscrivant à l’intérieur de la vie, sur la rue, des artistes cherchent à mettre en place des modes de participation nouveaux, ludiques et festifs, qui cadrent avec la réalité sociale et politique. Qu’elles soient plus proches du rituel, du spectacle, de l’attraction, de la mascarade ou du carnaval, ces formes festives sont avant tout des moments de rassemblement populaire, des activités collectives où se rencontrent des milieux hétérogènes, des groupes sociaux aux appartenances culturelles et politiques diverses qui autrement ne seraient pas mis en relation les uns avec les autres. 

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Cet article parait également dans le numéro 67 - Trouble-fête
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