Caroline MartelLe fantôme de l’opératrice, Productions artifact, 2004.
Photo : permission | courtesy Productions artifact
Une des formes cinématographiques les plus fréquemment associées à la notion de déchet est sans contredit celle des films réalisés à partir d’éléments trouvés. On considère généralement que ce cinéma ­désigné par l’expression anglaise found footage est caractérisé, comme le ­rappellent Nicole Brenez et Pip Chodorov, par le fait qu’il « autonomise les images, privilégie l’intervention sur la pellicule comme matériau et s’attache à de nouveaux sites (par exemples, les couches de ­l’émulsion) et de nouvelles formes de montage1 1  - Nicole Brenez et Pip Chodorov, « Cartographie du Found Footage », Exploding, no hors-série « Tom Tom the Piper’s Son de Ken Jacobs », s.d., p. 99. . » Dans les années 1950 et 1960, beaucoup de réalisateurs, créant dans cet esprit, insistaient dans leurs commentaires et leurs écrits, comme en font foi par exemple les ­textes des lettristes Isidore Isou et Maurice Lemaître, sur le fait que la pellicule utilisée avait été réellement trouvée dans les poubelles ou les chutiers des salles de montage, ce qui garantissait à coup sûr une aura d’avant-garde indéniable à leur démarche. L’intérêt témoigné par une certaine critique pour ce type de réalisation va ­favoriser, peu à peu, un déplacement quant à la signification de la notion de found footage, qui finira par désigner, comme le signale Yann Beauvais, « autant l’objet – une séquence trouvée – , qu’une pratique qui consiste à réaliser un film en s’appropriant des éléments trouvés, dérobés, ­prélevés, détournés, non tournés par le cinéaste2 2  - Yann Beauvais, « Films d’archives », 1895, no 41, octobre 2003, p. 5. . » 

Ce même glissement sémantique va aussi faire son apparition dans les analyses consacrées aux films réalisés selon cette formule, les auteurs optant parfois pour des réflexions sur les dispositifs et les modes de représentation utilisés, alors qu’à d’autres moments ils préféreront discuter du contenu manifeste des images réquisitionnées. Cependant, depuis la publication de l’ouvrage Recycled images. The Art and Politics of Found Footage Films3 3 - Williams C. Wees, Recycled images. The Art and Politics of Found Footage Films, New York, Anthology Film Archives, 1993, 117 p. de William C. Wees en 1993, l’équilibre entre ces deux approches semble avoir été rompu. Cet ouvrage très important et devenu un outil de référence incontournable s’est surtout imposé par sa tentative de délimiter le spectre du cinéma fait à partir de films trouvés.  

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Cet article parait également dans le numéro 64 - Déchets
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