Adad Hannah,
The Raft of The Medusa (100 Mile House) 8, 2009.
photo : permission de l’artiste et de Pierre-François Ouellette Art Contemporain, Montréal
Dans son acception la plus courante, la reconstitution désigne la représentation d’un quelconque événement historique tel qu’il eut réellement cours, représentation conduite afin de pouvoir y déceler une vérité qui nous échappe encore. Dans cette occurrence, il y a le vœu ou l’espoir, c’est selon, d’une véridicité qui serait à l’œuvre dans le travail de mise en scène. En effet, la reconstitution s’appuie sur une documentation serrée et il est entendu qu’elle peut être au plus près de ce qui s’est réellement passé. Dès lors, l’actualisation tangible de ce théâtre vise à mettre en action un événement qui serait, sans cela, resté historique, passé, et en ce sens, inaccessible par l’expérience. Le fait de vivre l’action telle qu’elle s’est déroulée permet de la voir sous un jour nouveau, croit-on, et possiblement plus proche de son déploiement réel. Il y aurait donc dans l’action concrète une vérité qui autrement ne pourrait advenir, même si l’on sait ce qui s’est effectivement passé. Cette concrétisation narrative permettrait une sorte d’expérience inédite, porteuse de vérités qui, dans l’inertie de la connaissance passive, demeurent voilées. C’est l’implicite évident qui motive le fait de se lancer dans une telle entreprise.
Adad Hannah,
Lunge, de la série Traces, 2010.
photo : permission de l’artiste et de Pierre-François Ouellette Art Contemporain, Montréal

Transposer cela dans le domaine de l’art nous amène assez près de la définition de la notion de reconstitution que suggère le glossaire du catalogue de la Triennale québécoise en 2011, à savoir une « actualisation qui s’éloigne de façon significative des notions postmodernes d’appropriation et de citation ». Avec en plus cette nuance que je crois nécessaire d’opposer la reconstitution à l’attitude déconstructionniste d’un certain postmodernisme. Car il y a, dans la reconstitution, de la… constitution, ce qui tendrait effectivement à l’éloigner considérablement d’une posture postmoderne portée au dé-faire pour étudier les mécanismes de la construction de la vraisemblance, en insistant, bien entendu, sur cette « semblance », cette simulation. Il y a également, dans la reconstitution, une recherche et un espoir de vraisemblance et de vérité, même dans la copie et la reproduction assumée. Il y a du savoir et de la connaissance réels à faire advenir par une activation événementielle, alors que la seule vérité à laquelle la posture de déconstruction s’attelle est celle des mécanismes de la représentation.

Ce contenu est offert avec un abonnement Numérique ou Premium seulement. Abonnez-vous pour lire la rubrique complète et avoir accès à tous nos Dossiers, Hors-Dossiers, Portfolios et Chroniques !

S’abonner (à partir de 20 $)

Vous avez déjà un abonnement Numérique ou Premium ?

Se connecter

Vous ne souhaitez pas vous abonner ? Sachez que d’autres contenus sont accessibles si vous avez un compte Esse. C’est gratuit et sans achat ultérieur requis ! Créez un compte ou connectez-vous :

Mon Compte

Cet article parait également dans le numéro 79 - Reconstitution
Découvrir

Suggestions de lecture