Le gout de la critique : une poétique de l’attention
Artiste-chercheuse sensible à la préservation et à la diffusion de l’héritage des artistes visuel·les afro-descendant·es, Kessie Theliar-Charles propose, dans le cadre de cette résidence en partenariat avec Art Volte, une réflexion sur le rôle social de la critique d’art et l’importance de la dimension archivistique de l’écriture.
Je ne suis pas critique d’art, mais j’en devine les formes, les fonctions et les possibilités. Je devine une écriture qui peut se révéler poétique, fluide, contradictoire, parfois simple ou complexe, dont les mots se déploient selon une variété de tons et de rythmes. Elle peut être curieuse et attentionnée, mais aussi redoutée, si on la perçoit seulement comme un acte de jugement et d’évaluation. On ne lui concède pas assez la dimension relationnelle qu’elle sous-tend.
À Montréal, où le passé des artistes des communautés haïtienne, caribéenne et noire reste fragmenté et sous-documenté, réfléchir et écrire sur l’art me ramène toujours dans leur direction. Mon intérêt pour la récupération, la conservation et la diffusion des récits en marge m’a amenée à considérer la critique d’art autrement. Pour qui écrivons-nous, et dans quel but ? Mon écriture est conditionnée par cette question et me pousse à m’interroger sur la rareté des voix critiques noires qui écrivent sur l’art, ainsi que la production limitée de textes critiques consacrés aux pratiques des artistes noir·es.