Tout ce qui brille n’est pas d’or : Kitsch, bling-bling et connerie

Emily Falvey
William Powhida, How the New Museum Committed Suicide with Banality (détail | detail), 2009.
photo : permission de l'artiste | courtesy of the artist, Schroeder Romero+Shredder & the Brooklyn Rail
En novembre 2009, The Brooklyn Rail, un journal new-yorkais d’art, de politique et de culture, présentait en page couverture How the New Museum Committed Suicide with Banality (2009), une œuvre désormais ­tristement célèbre de l’artiste américain William Powhida. Il offrait une satire ­caustique du « copinage » croissant au New Museum, et particulièrement de la décision controversée d’organiser une exposition des œuvres de la collection privée de son administrateur, Dakis Joannou. Dégoulinant de sarcasme, ce dessin au crayon fouillé est typique de la pratique créative de Powhida, qui parodie fréquemment l’art contemporain et ses excès, y compris son culte de la célébrité, son népotisme et sa superficialité. Dans un récent article sur le travail de Powhida, Jeffrey Deitch, célèbre marchand d’œuvres d’art new-yorkais nouvellement nommé directeur de LA MoCA, a attribué ces excès à « une collision entre l’avant-garde et la culture populaire dominante1 1  - Jeffrey Deitch, cité par Damien Cave dans « Tweaking the Big-Money Art World on its Own Turf », The New York Times, 9 décembre 2009. [Trad. libre] ». Cette affirmation, pantomime de celles faites par les modernistes au cours des 100 dernières années, est au final indissociable de la situation très confuse qu’elle cherche à décrire : une scène atone, mièvre, colorée, pour reprendre les mots de Powhida, par un « grand sentiment de manque2 2  - Ibid. ».

Tout au long de la période moderne, le discours critique à propos de l’art qui brouille les frontières entre la vie, la culture et l’art supérieurs et mineurs était pénétré d’eschatologie. Les modernistes y pressentaient la fin de l’art de qualité (goût, moralité), l’avant-garde, elle, la fin de l’art en soi (Aufheben3 3 - Terme contradictoire utilisé par Hegel qui signifie à la fois « maintenir » et « abolir ». Il correspond donc à l’intention de l’avant-garde de mettre un terme à l’art ou à la distinction entre l’art et la vie, dans le but de rapprocher la vie de l’art., révolution). L’intégration, discrète ou sans réserve, de décoration excessive, de culture populaire ou de kitsch dans le cadre de travail du modernisme était, et par certains aspects continue d’être, une stratégie éprouvée pour ramener abruptement de grandes ­catégories esthétiques au ras des pâquerettes, révélant ­souvent, chemin faisant, de profonds partis pris se rapportant à la race, aux classes et aux sexes. Dans ce contexte, le kitsch et l’ornemental créent une espèce d’ombre, un espace nébuleux contenant tout ce que le modernisme refuse d’admettre. Pour Adolf Loos, architecte autrichien, cette ombre, c’était le fascisme, qu’il a involontairement révélé en rapprochant l’ornementation de la dégénérescence morale et des meurtriers couverts de tatouages4 4 - Adolf Loos, Ornement et crime et autres textes, présenté par Sabine Cornille et Philippe Ivernel, Paris, Payot, 2003.. Pour Clement Greenberg, c’était une imposture, un fléau, le « domaine de l’expérience par procuration et des sensations fausses », l’incarnation du « ramassis de tous les faux-­semblants de la vie de notre temps5 5 - Clement Greenberg, Art et culture : Essais critiques, Paris, Macula, 1988, p. 16-17.  ». Harold Rosenberg y voyait quant à lui un « mysticisme faible », la « peinture facile » des artistes qui extraient des « chefs-d’œuvre » abstraits et prévisibles, créant ce qu’il appelait un « apocalyptique papier peint6 6 - Harold Rosenberg, La tradition du nouveau, Paris, Éditions de Minuit, 1962, p. 33-34. ». 

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Cet article parait également dans le numéro 69 - bling-bling
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