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Danica Dakić Isola bella, captures vidéos, 2007-2008. Photos : © Danica Dakić / SODRAC (2014), permission de l'artiste
Quand une œuvre d’art contemporaine est qualifiée de « spectaculaire », ce mot est employé le plus souvent de façon critique et péjorative. Dans ce contexte, le mot « spectacle » est suivi presque naturellement du nom de Guy Debord, qui semble avoir donné par son analyse de ce concept une définition quasi universelle de la « spectacularité », entendue comme une catégorie esthétique par l’histoire de l’art et la critique. Dans son ouvrage célèbre paru en 1967, La société du spectacle, Debord décrit le spectacle comme un mécanisme trompeur et illusoire, privé de toute signification, dont le seul objectif est d’engourdir et d’abrutir la foule jusqu’à la paralyser et la rendre incapable de toute forme active ou critique de pensée ou d’action. Selon lui, le spectacle empêche l’expérience directe et immédiate de la réalité ; il donne lieu, plutôt, à la représentation d’un simple « pseudomonde », qui ne peut être éprouvé que d’une manière médiatisée et distanciée, et qui remplace toute relation sociale authentique1 1  - Guy Debord, La société du spectacle, Paris, Gallimard (Folio), 1992 (3e éd.), p. 10 (par. 2).. En droite ligne avec les théories marxistes, le potentiel du spectacle comme instrument créateur de collectivité, d’engagement et de communauté est nié par Debord, qui ne voit dans son fonctionnement qu’illusion et fausse conscience. Il est par conséquent le contraire exact de la communication et de l’échange culturel. Enfin, le spectacle est condamné à conduire à la séparation et à l’aliénation des membres de la société qui, irréversiblement isolés les uns des autres, ne sont plus rien qu’un auditoire passivement consommateur, incapable de réagir à sa relation monolithique à la réalité, ni même de la changer. 
Danica Dakić
Isola bella, captures vidéos, 2007-2008.
Photos : © Danica Dakić / SODRAC (2014), permission de l’artiste

Mais on ignore souvent, ou l’on distingue mal, dans l’usage synonymique que l’on fait du concept de spectacle emprunté à Debord, qu’il l’a élaboré pour décrire spécifiquement la société capitaliste de son époque, et non pour donner au terme une définition courante et universelle. Il l’emploie de fait comme une métaphore établissant une relation concrète entre la culture visuelle, l’économie et la politique, relation qu’il fait naitre à la fin des années 19202 2 - Dans ses Commentaires sur la société du spectacle (1988), Debord précise qu’à la parution de son livre, en 1967, la société du spectacle avait atteint ses quarante ans. Voir Jonathan Crary, « Spectacle, Attention, Counter-Memory », October, no 50 (automne 1989), p. 97-107.. Parmi ses différentes descriptions du spectacle – un « rapport social entre des personnes, médiatisé par des images », ou une « tendance à faire voir par différentes médiations spécialisées le monde3 3 - Debord, La société du spectacle, op. cit., p. 10 (par. 4) et p. 15 (par. 18). », par exemple –, on peut toutefois relever des définitions plus neutres et plus générales du terme, antérieures à son emploi comme catégorie critique servant à distinguer les formes majeures et mineures de l’art et de la culture.

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Cet article parait également dans le numéro 82 - Spectacle
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