photo : permission de l’artiste | courtesy of the artist & Yancey Richardson Gallery
Bien que nous comprenions de mieux en mieux le rapport entre les arts moderne et postmoderne, ceux-ci pourraient encore avoir en commun l’exploration des limites de la représentation. Et même si chacun de ces mouvements soit motivé par une vaste gamme sans cesse fluctuante de préoccupations esthétiques, sociales, politiques et culturelles, ils souscrivent tous deux à des imageries négatives d’échec, de rupture, de fragilité, du transitoire et de la décomposition, ce qui comble le fossé entre nombre de leurs différences. Le philosophe post-structuraliste Jean-François Lyotard a décrit cette situation comme une esthétique du « contenu absent1 1 - Jean-François Lyotard, Le postmoderne expliqué aux enfants. Correspondance 1982-1985, Paris, Galilée, 1988, p. 30. », avec sa célèbre distinction entre le moderne et le postmoderne d’après leur traitement respectif de l’idée de ce qui n’est pas présentable, plutôt qu’en fonction d’une opposition binaire ou d’une chronologie linéaire. Pour Lyotard, comme pour plusieurs autres post-structuralistes, le postmoderne est non seulement inextricablement lié au moderne ; il s’agit de « son état naissant2 2 - Ibid., p. 28. », et tous deux ont en commun des images d’inadéquation.
Il n’existe peut-être pas de meilleure catégorie philosophique que le sublime pour théoriser l’esthétique de l’inadéquation. Comme on pouvait s’y attendre, l’avènement du postmodernisme proprement dit est lié à un intérêt renouvelé pour ce concept, et notamment pour son développement par Emmanuel Kant dans la Critique de la faculté de juger (1790). Différemment des ouvrages antérieurs sur le même sujet, l’Analytique du sublime de Kant prétendait que le sublime n’avait cours ni dans la nature ni dans « aucune forme sensible », mais plutôt dans « les Idées de la raison3 3 - Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger, trad. Alain Renaut, Paris, Aubier, 1995, p. 227.. » Par conséquent, il s’agissait d’un événement insaisissable, d’un sentiment qui ne se produisait que dans l’esprit du spectateur. À la différence du beau, qui produit un équilibre agréable et harmonieux des facultés, le sublime kantien provient d’une déchirure mentale, d’un clivage de l’esprit, dans le cadre duquel la raison pense le quasi-impensable – l’infinité, la mort, l’absence de limites, le désastre –, et l’imagination ne parvient pas à lui offrir une image à sa mesure.
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